Histoire du GETM

Préhistoire du Groupe

Le Docteur Eric de WINTER est le père fondateur du groupe. Lui-même était totalement autodidacte. Il pratiquait très activement le judo puisqu’il faisait partie de l’Equipe de France comme International, et c’est sur les tatamis qu’il avait acquis une excellente technique manipulative. Il avait complété sa formation en visitant plusieurs écoles anglo-saxonnes et celle de Lavezzari.

En cette fin des années 5O, ces techniques étaient encore très peu connues en France, souvent décriées et il faisait vraiment figure de précurseur.

Il s’était rapidement fait une certaine réputation en particulier pour ses travaux de recherche dans le service du professeur de SEZE (rhumatologue à la Pitié) et à la maternité de PORT-ROYAL…

Lorsqu’il s’est installé en libéral, avenue Victor Hugo à Paris, au début des années 6O, il a tout de suite été sollicité par des confrères qui lui demandaient des informations, des démonstrations, un enseignement ou un perfectionnement. Très confraternellement, il recevait ces médecins à son cabinet, entre ou pendant ses consultations, et il essayait au mieux de répondre à leur attente et de satisfaire leur curiosité.
Mais très rapidement, il s’est trouvé débordé par le nombre de ces demandes qui représentaient pour lui une perte de temps importante et perturbaient son travail et ses consultations. C’est alors qu’est venue l’idée d’organiser des journées d’enseignement.

Naissance du Groupe

Cela a commencé en 1962. Au début ce n’était pas encore des séminaires. Le Docteur de WINTER fermait son cabinet durant deux jours chaque trimestre, en général le vendredi et le samedi. Cela se passait toujours dans ses locaux professionnels qu’il mettait gentiment à la disposition de ses auditeurs. L’enseignement n’était pas structuré ; cela se faisait « à la demande », et chacun des participants prenait l’information au niveau où il se situait : simple information, formation technologique ou perfectionnement.

Cet enseignement se passait dans la journée uniquement matin et après midi. Les soirées étaient libres et chacun organisait son hébergement et ses loisirs à sa guise…
Aufils des ans une certaine sélection s’est effectuée spontanément. Il y eut de moins en moins de curieux et une demande plus précise d’un enseignement complet et d’un apprentissage efficace.

L’enseignement a commencé à se structurer, de façon simple au début : on faisait en alternance une fois la partie basse du corps, en dessous de la ceinture, et la fois suivante la partie haute.
Parallèlement Eric de Winter a commencé à élaborer une théorie neurophysiologique de l’action des manipulations qui avait largement 20 ans d’avance. Cependant la demande allait croissante et les locaux devenaient de plus en plus exigus pour le maître de stagiaires.

La recherche d’une solution différente s’imposait mais le problème était complexe.

C’est le séminaire de mai 1968 qui a été le catalyseur.
En effet, le séminaire de mai 68, bien préparé, n’a pas eu lieu pour cause de révolution et de grève générale. Les inscriptions ont été reportées sur les séminaires suivants et les nouveaux ont carrément été refusés et mis sur une liste d’attente sine die… Personnellement, inscrit pour la première fois au séminaire d’octobre 1968, je n’ai pu intégrer qu’un an après au séminaire de novembre 1969.
Il était donc urgent de trouver une solution d’autant qu’à cette époque, au début des années 7O, les « médecines douces » connaissaient une grande popularité et que la demande potentielle était énorme.

La nécessité d’organiser de véritables séminaires commença à s’imposer. Mais le problème n’était pas simple. Matériellement, il fallait trouver un hôtel avec des salles de travail, ce qui était encore très rare. De plus, dans la mesure où le séminaire devait accueillir plus de 1O à 15 stagiaires, le docteur de Winter ne pouvait plus assurer l’enseignement seul. Une première journée de formation didactique eut lieu dans le courant de l’année I969. Réservé aux plus anciens du groupe et aux meilleurs praticiens, elle assura la formation de 2 ou 3 moniteurs. En fait, ce n’était pas encore les animateurs que nous connaissons actuellement mais de simples répétiteurs de pratiques.

Ainsi fut organisé du 8 au 11 novembre 197O, le premier vrai séminaire du GETM à ELISABETHVILLE dans un hôtel en bordure de Seine à 5O km de Paris. Les séminaires duraient trois journées et demi, du jeudi matin au dimanche midi. Ils pouvaient accueillir de 3O à 4O stagiaires. Le travail se poursuivait en soirée, sauf le samedi soir réservé à une soirée distractive.

Le programme était divisé en deux nivaux, séminaire A et B, les nouveaux stagiaires n’étaient reçus qu’au séminaire A. Une deuxième journée de formation didactique fut organisée dans le courant de l’année 197O.

L’année 1971 marqua un tournant important dans la vie du Groupe avec la création du stage didactique et l’organisation d’un congrès.
Il fallait maintenant, en effet, faire connaître le groupe, lui donner sa place parmi les autres écoles d’enseignement. Pour ce faire chaque année fut organisé un « Congrès » largement ouvert à tous les contradicteurs. Le premier eut lieu à Paramé en MARS 1971. Il y eut ensuite : Bendor en mai 1972, Bandol en mai 73, Lyon en mai 74, La Baule en mai 75, Dijon en mai 76, Rouen en octobre 78, Toulouse en mai 81.

Le premier vrai stage didactique eut lieu en octobre I971. Eric de Winter, insatisfait des prestations de ses moniteurs les a fait revenir pour un stage de 3 jours différemment structuré. Il en sortit la première promotion d’animateurs du Groupe : Colette BARNOLA, Bernard GARCON, Pierre JORRO, Claude MERMET et Pierre RENAUDIN. Il y eut ensuite un stage didactique chaque année. La capacité d’accueil du Groupe devint beaucoup plus importante et on put organiser 4 séminaires par an et même six séminaires pendant quelques années…
Enfin, il y eut de novembre 1972 à janvier 1974 six réunions, en général la veille d’un séminaire, intitulées « Présérie du cours de Maîtrise ». Il en est résulté ce que nous appelons maintenant « Technologie générale » et Technologie supérieure » et le premier cours de « Maîtrise Technologique « eut lieu à Lyon le 24 mai I974.
Enfin, le Docteur de WINTER, ayant eu un accident de voiture et des problèmes de santé d’ordre cardiaque, il dut faire appel à l’un des animateurs pour assurer la Direction du séminaire du 8 au 11 novembre I975 à ELISABETHVILLE.
On peut donc dire qu’à ce moment le Groupe avait atteint sa pleine maturité.

Le Temps des alliances

Dès I975, Eric de WINTER a cherché une alliance et un appui universitaire.

Et ce ne sont pas les candidats qui manquaient. Les manipulations étaient devenues à la mode et devant le succès et la qualité de l’enseignement du Groupe, beaucoup d’universitaires auraient souhaité rattacher cette équipe d’enseignants à leur unité et cette étiquette sur leur carte de visite.

Il faut citer le professeur PIGAGNOL à Dijon et le professeur ROQUES à Toulouse car c’est avec eux que les discussions et les propositions sont allées le plus loin et que la concertation et les travaux en communs ont été le plus avancés.
Mais chaque fois, cette union a échoué au dernier moment. En effet, le docteur de Winter avait un caractère très entier et il lui manquait la souplesse nécessaire à une carrière universitaire et, de son côté, il redoutait toujours que le Groupe soit récupéré pour la machine universitaire et perdre son intégrité et son originalité.
Toutes ces tractations auraient peut-être abouti à quelque chose mais elles ont été interrompues définitivement par le décès brutal d’Eric de Winter en août 1981.

La Persévérance

Suite au décès du docteur de Winter, la question s’est posée de la poursuite des activités du groupe. Des stagiaires étaient déjà inscrits sur plusieurs séminaires à venir. L’ensemble des Animateurs réunis en Assemblée générale le 5 décembre I981 à Paris, a décidé à l’unanimité de poursuivre l’œuvre du docteur de Winter et en a confié la direction à Michel FAIVRE d’ARCIER.

Une nouvelle association fut crée, le GETM, au but identique. Les séminaires furent assurés et continués par la suite.

Cependant, dès le début, les animateurs avaient pleinement conscience qu’il ne suffisait pas seulement de continuer l’enseignement. Pour que le groupe survivre et se perpétue, il fallait former de nouveaux animateurs donc continuer les stages didactiques et également poursuivre l’œuvre de recherche et d’interprétations entreprises par de Winter et publier les résultats.

Des stages didactiques ont été organisés en 1982, 1984, 1985, 1988 et 1994. Ils ont formé 27 animateurs d’une qualité remarquable qui assurent à présent, pour la plupart d’entre eux, la direction et l’enseignement du groupe.

Pour la recherche, quatre Commissions d’Etude ont été mises en place. Elles ont toutes travaillé assidûment. Elles ont obtenu des résultats inégaux, ce qui est le propre de la recherche. A noter cependant que la Commission de neurophysiologie a obtenu une avancée remarquable, poursuivant au plus près les hypothèses du docteur de Winter.
Sur le plan des relations extérieures, de nombreux repreneurs se sont offerts, à la mort du docteur de Winter, pour reprendre le groupe et poursuivre les travaux engagés. Le professeur PIGAGNOL a fait une démarche enthousiaste et des propositions très correctes et certainement loyales et intéressantes. L’équipe de direction du Groupe s’est trouvé divisée sur cette question mais une forte majorité a préféré continuer seule les activités du Groupe.

A ce moment un clivage a eu lieu. Une partie importante des animateurs et souvent les plus anciens formés par Eric de Winter ont quitté le GETM. Ils sont allés former des groupes régionaux qui ont commencé à travailler en concurrence par rapport au groupe.
Le professeur PIGAGNOL avec Bernard GARCON a créé la FEMM (Fédération française et francophone des groupes d’enseignement de médecine manuelle) qui réunit toutes les écoles d’enseignement des manipulations articulaires. Le GETM s’y est rendu en tant qu’observateur en gardant bien ses distances.

Tous ces motifs ont permis au GETM de conserver une individualité propre et bien marquée. Mais ils ont parallèlement contribué à une désaffection progressive et le nombre des stagiaires est allé en constante diminution. Par contre le GETM s’est fait une excellente réputation au sein des écoles concurrentes en ce qui concerne la Technologie supérieure et tous les perfectionnements technologiques.

La Renaissance

Telle était la situation du groupe à la fin de I995. Depuis quatre ans, un tournant radical a été entrepris sous l’impulsion dynamique de son nouveau président Jean-Jacques LOBEL, le Groupe a retrouvé son enthousiasme créatif.
Les étapes de l’apprentissage ont été réadaptées

Le groupe est présent dans toutes les instances extérieures et il y est très actif (FEMM-Congrès…) Il a retrouvé une image et une réputation dans tous les groupes d’enseignements concurrents. La recherche bat son plein et obtient des résultats très intéressants.

Mais tout ceci n’est plus de l’histoire c’est la période contemporaine et ce n’est plus dans mon propos…
Dr. Henri LAUTH

La période actuelle

La « période contemporaine », évoquée par Henri Lauth en 1999 dans la première partie de l’histoire du GETM, est devenue histoire.

Nous avons depuis poursuivi notre évolution vers une formation plus complète à l’ostéopathie afin de nous conformer aux critères internationaux et de nous adapter à l’évolution de cette discipline.

Depuis 1996, nous avons poursuivi notre recherche sur les techniques de correction des dysfonctions rachidiennes débutée en 1990. Partant de l’analyse biomécanique des             « cinorthèses » mises au point de façon si rigoureuse par Eric de Winter, nous avons abouti à la technique « en inversion de paramètre », qui a fait l’objet d’une publication dans la Revue de Médecine Orthopédique. Cette recherche a été menée avec persévérance par Dominique Eidesheim et Louis-Pascal Trompette et a été discutée, critiquée, et sans cesse améliorée par l’ensemble des animateurs du groupe lors de nombreuses réunions.

Elle nous a permis de développer une pédagogie intégrant de façon homogène diagnostic et thérapeutique des dysfonctions, applicable à l’ensemble du rachis.

Parallèlement, nous nous sommes associés au GEOS de Mulhouse en 2000 afin d’étudier l’ostéopathie fonctionnelle avec d’éminents intervenants des USA, puis d’introduire progressivement ces techniques dans notre enseignement, en les adaptant à l’esprit d’analyse et de rigueur hérité d’Eric de Winter.

Nous avons aussi adhéré à EROP, fédération européenne de groupes d’enseignement pour médecins ostéopathes. Cette fédération a établi des critères de haute qualité pour la formation des médecins ostéopathes, et le GETM a adapté son enseignement en conséquence. Elle a également labellisé un diplôme européen de médecin ostéopathe, délivré pour attester du suivi de cette formation complète et de haut niveau, qu’une quarantaine de membres du GETM ont obtenu à ce jour.

L’implication de nos moniteurs dans l’enseignement du DIU de MMO de Bordeaux nous a permis d’assurer un recrutement régulier de nouveaux membres ces dernières années, en organisant désormais 3 séminaires de Technologie Fondamentale par an à Bordeaux.

Grâce à la bienveillance du Professeur Benoit Lavignole, directeur de ce DIU, nous avons pu y développer notre pédagogie, et en particulier y enseigner les techniques d’inversion de paramètres.

En 2006, Christian Scheer a accepté d’assurer la Présidence du GETM dans la continuité et dans le même esprit de progrès et d’ouverture.

Suite aux évolutions législatives de 2007 règlementant l’usage du titre d’ostéopathe en France, le Professeur Lavignole a décidé d’admettre des non-médecins au D.I.U. de Bordeaux (kinésithérapeutes, sage-femmes, chirurgiens-dentistes, vétérinaires).

Les statuts du GETM réservant son enseignement aux médecins, nous avons alors décidé de créer une association soeur afin de pouvoir y intégrer ces non-médecins qui souhaitaient poursuivre après le D.I.U. leur cursus avec nous. C’est ainsi qu’est née l’ASETHEMA.

Les échanges avec ces non-médecins, au sein du D.I.U. de Bordeaux et par l’intermédiaire de l’ASETHEMA, ont été extrêmement enrichissants pour les uns comme pour les autres.

Nous continuerons à développer tout ce travail en commun qui nous fait progresser dans la pratique de l’ostéopathie, dans cet esprit de sincérité dans l’échange et de désintéressement personnel qui a toujours caractérisé le GETM.

 Jean-Jacques Lobel